mercredi 2 janvier 2008 à 11:55

La loquette sous toutes ses facettes

Par Sophie Mouge. Correspondante sur l'Aurora Australis

Le vent souffle fort aujourd’hui nous empêchant de chaluter. Il est préférable d’attendre que sa vitesse se stabilise en-dessous de 35 nœuds pour reprendre nos collectes.


Vue depuis le navire à tribord. Il est 14h.


Ce petit répit va nous permettre d’effectuer le bilan de ces dix premiers jours de récolte à bord de l’Aurora Australis.

Samuel Iglesias et Catherine Ozouf-Costaz s’intéressent plus particulièrement aux Zoarcidae (téléostéens) et dressent un premier bilan.
Depuis le début des récoltes, près d’une quarantaine d’espèces de téléostéens a été collectée. Si la majorité des espèces a pu être déterminée, certaines sont particulièrement difficiles à identifier, comme en attestent les représentants de la famille des Zoarcidae.

Présentation des espèces de Zoarcidae collectées pendant la campagne CEAMARC. Afin de faciliter la comparaison entre les spécimens, leurs tailles relatives n’ont pas été conservées. Les trois spécimens du bas de la planche appartiennent à la même espèce. Il s’agit de différents stades de développement.


Les Zoarcidae représentent 11 % de la faune ichtyologique (téléostéens et chondrichtyens) du plateau et de la pente continentale antarctique. La majorité des espèces de Zoarcidae a un mode de vie benthique*. Les 23 espèces présentes en Antarctique auraient colonisé ce secteur au Miocène (38 Ma), depuis le Pacifique Nord, et s’y seraient diversifiées, en s’adaptant aux températures négatives. Presque toutes les espèces sont endémiques**.
Les membres de cette famille, encore appelés familièrement lycodes ou loquettes sont des espèces typiques des eaux froides et profondes. Elles se caractérisent par :
- un corps anguilliforme, souvent dépourvu d’écailles et dont la texture est gélatineuse ;
- des nageoires pelviennes rudimentaires ou absentes ;

Tête de Zoarcidae. Vue ventrale, au niveau antérieur.


Tête de Zoarcidae (Ophtalmolycus amberensis). Vue latérale gauche, niveau antérieur.


- des pores cutanés nettement apparents sur la tête. Leurs nombres, leurs positions et géométrie par rapport à leur emplacement sur la tête sont des caractères importants pour différencier les espèces.

Tête de Zoarcidae (Ophtalmolycus amberensis) avec détail des pores cutanés. Vue ventrale.


Les lycodes ont des allures de salamandre sans pattes. Plus d’une vingtaine d’espèces sont actuellement décrites dans les eaux antarctiques et subantarctiques. L’identification de ces différentes espèces est rendue difficile par leurs grandes ressemblances morphologiques, par le peu de caractères discriminants, par les variations morphologiques importantes qui existent au sein d’une même espèce et qui dépendent du sexe et de l’âge des individus. Cette difficulté d’identification est entretenue par la pauvreté des informations bibliographiques disponibles sur ces organismes liée à la rareté de leurs captures. Certaines espèces ne sont connues que par un spécimen unique !

Zoarcidae avec ses deux nageoires pectorales. Vue dorsale antérieure.


Nos spécialistes à bord pensent que quatre espèces de lycodes ont été collectées depuis le début de la campagne CEAMARC. Si deux d’entres elles ont pu être aisément identifiées, la détermination des deux autres est encore incertaine. L’identification de certains jeunes individus est délicate et nécessite d’avoir l’ensemble de la gamme de taille pour pouvoir associer les formes jeunes et adultes. Ainsi, les trois spécimens du bas de la planche appartiennent à la même espèce de Zoarcidae bien qu’ils présentent des différences morphologiques apparentes.

L’ensemble des données que nous récoltons sur les différents groupes zoologiques alimentera ultérieurement les études de phylogénie, c'est-à-dire l’étude des liens de parenté entre les espèces.

Zoarcidé : l’opercule est réduit à une simple fente.


*L'adjectif benthique dérive de benthos et s'emploie pour préciser qu'une espèce vit dans la zone de fond marin, soit à proximité du fond (organismes vagiles), soit directement sur le substratum (épibenthique), soit même dans celui-là (endobenthique).

**L’endémisme est utilisé en biogéographie pour désigner l’appartenance d’une espèce, sous-espèce ou de leurs populations à une aire de répartition géographique limitée. Le taux d’endémisme est donc la proportion d’espèces endémiques dans une aire géographique donnée.

Commentaire

 

1. Le lundi 4 février 2008 à 10:21, par anaelle 6D Collège les Tournelles

Ca doit être très intéressant de trouver des poissons! Est- ce que vous les avez disséqués? Au revoir!

2. Le jeudi 7 février 2008 à 16:02, par pauline b 6.4 robert doisneau

ce poisson, je ne le trouve pas très agréable a voir mais je pense qu'il y a pire que cela(animaux empailler)

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