lundi 24 décembre 2007 à 16:48

"Sitidi", qu’est-ce donc ?

Par Sophie Mouge. Correspondante sur l'Aurora Australis

Une des premières abréviations scientifiques que les néophytes français doivent apprendre pour suivre une conversation scientifique est CTD, prononcé «sitidi» en anglais…

Qu’est-ce que cela peut signifie ? Calcul Très Difficile? Impossible, puisqu’il s’agit d’un mot anglais! Alors, peut-être Constant Time Delay ?
En fait, CTD signifie: *Conductivity *Temperature *Depth (*Conductivité *Température *Profondeur) : ce sont les trois paramètres principaux mesurés à chaque fois qu’ une CTD est immergée dans l’océan.

Une CTD est remontée de l’océan et entre directement dans le laboratoire 3.


- La conductivité électrique nous renseigne sur le taux de sel de l’eau. Plus la conductivité est grande et plus la salinité est importante. En moyenne, la salinité de l’océan mondial est de 35g/L.
- La température renseigne sur la localisation des masses d’eau froides et chaudes.
- La profondeur est obtenue en mesurant la pression de l’eau.
Le câble électrique qui la relie au navire permet de descendre la CTD jusqu’à 5500 mètres de profondeur. Il faut prendre garde à ce qu’elle ne touche pas tout à fait le fond pour ne pas endommager l'appareil.

Un appareil de mesure : la CTD sensu stricto : elle se trouve à la base de la rosette.


Parler uniquement de CTD est un petit abus de langage car cet appareil comprend aussi un appareil Doppler acoustique qui sert à mesurer la vitesse des courants océaniques et une rosette de bouteilles en plastique lesquelles sont ouvertes au départ.

L'appareil DOPPLER est fixé sur et sous l'appareil CTD.


Lors de la remontée, on commande depuis le bateau la fermeture de chaque bouteille aux profondeurs voulues afin de récolter des échantillons d’eau.

Steve Rintoul récolte l'eau de mer des bouteilles de la rosette.


La composition de l’eau contenue dans les bouteilles est analysée : en sont déduits les concentrations en CFC (ChloroFluoroCarbone), pigments du phytoplancton, nutriments, CO2 et O2.
L’ensemble des données enregistrées est visualisé en temps réel sur l’écran d’un ordinateur dans la salle de contrôle. Les graphiques renseignent sur l’évolution des paramètres en fonction de la profondeur.

Graphique de la CTD : chaque couleur est caractéristique d’un paramètre qui varie en fonction de la pression (directement proportionnelle à la profondeur).


Au total, 92 enregistrements sont prévus pendant tout le voyage. 30 ont lieu en zone sub-antarctique, et les 62 autres au large de la Terre George V, en collaboration avec la campagne CEAMARC. Les données océanographiques permettent ainsi de renseigner les biologistes sur la composition physique et chimique de l’eau de mer dans laquelle vivent les organismes.



Steve Rintoul, responsable du programme CASO nous explique son projet :

"CASO signifie Climate of Antarctic and the Southern Ocean = Climat de l’Antarctique et de l’Océan Austral. Notre expédition fait partie d’un programme incluant 18 nations et vise à obtenir une vue globale du fonctionnement de l’Océan Austral pendant l’Année Polaire Internationale (International Polar Year). Nous nous intéressons à l’influence de la chimie et des courants océaniques sur le climat de la Terre. Les mesures faites pendant cette expédition vont nous permettre de déterminer comment l’Océan Austral répond au problème du changement climatique. Des modifications dans le fonctionnement de l’Océan Global peuvent induire des modifications du climat global. Par exemple, si l’Océan Austral absorbe moins de CO2 dans le futur que maintenant, le climat se réchauffera plus rapidement. A partir de toutes les mesures physiques à bord, nous pouvons déterminer un modèle de courants océaniques et savoir quelle quantité de CO2 est stockée par l’océan. En comparant les observations que nous effectuons maintenant aux mesures précédentes, nous allons découvrir à quelle vitesse l’Océan Austral évolue."

Du côté du laboratoire humide : c’est l’effervescence! La composition de la faune ichtyologique est très différente de celle observée dans la zone côtière (moins profonde) de la Terre Adélie. Elle est également différente de celle connue en mer de Ross ou mer de Weddel à des profondeurs équivalentes. Certaines espèces de Téléostéens (comme les Liparidés) sont très difficiles à identifier à bord. Cela nécessite des analyses morphologique et moléculaire approfondies qui ne pourront être faites qu’en laboratoire.




Liparidae, chaluté par 700 mètres de profondeur:


Artedidraconidé, chaluté par 400 mètres de profondeur :


Pycnogonide, chaluté par 400 mètres de pronfondeur :


Le temps se couvre rapidement en fin de journée. Un épais brouillard enveloppe le navire donnant vraiment une impression de confinement extrême… Sommes-nous seuls au monde en cette veille de Noël ? Heureusement, le monde extérieur se manifeste grâce aux 4 fenêtres de transmission permises quotidiennement.

Vive la technologie et Joyeux Noël à tous!

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