dimanche 13 janvier 2008 à 11:25

Des poissons pas comme les autres !

Par Sophie Mouge. Correspondante sur l'Aurora Australis

Nous sommes très ennuyés ! La couverture occupée par la banquise dans les eaux situées au large de Dumont D’Urville, est par endroit très importante. Il est 4 heures du matin, et au loin nous voyons surgir un mur d’icebergs tabulaires !


Pour atteindre la prochaine station d’échantillonnage, l’Aurora Australis doit se faufiler entre ces impressionnants icebergs.

Mur d’icebergs à bâbord du navire à 4 heures du matin.


Image radar à la passerelle de l’Aurora Australis. Chaque tâche jaune marque la présence d’un iceberg dans les parages du navire.


Les responsables de mission et le commandant de bord sont obligés de modifier l’emplacement de la prochaine station. En effet, un énorme iceberg tabulaire stationne actuellement sur la zone que nous voulions explorer !

Station d’échantillonnage inaccessible à cause de la présence d’un iceberg !


Mais difficile de stopper des professionnels très motivés ! L’Aurora Australis modifie son cap et dévie à quelques centaines de mètres de la station initialement prévue. Ce léger détour nous permet d’apercevoir au passage quelques manchots Adélie.

Manchots Adélie se prélassant sur un petit iceberg au soleil couchant !


Se confirme encore une fois la fameuse maxime « A tout malheur, quelque chose est bon » !


Les opérations reprennent et les chaluts suivants sont pleins. Les organismes à trier sont tellement abondants que l’équipe de jour décide d’en rejeter une partie à la mer et de conserver seulement un échantillon représentatif.

Remontée d’un chalut sur la plage arrière (trawl deck).


Lorsqu’un chalut arrive sur le pont, les poissons téléostéens sont souvent couverts de vase et de débris d’organismes benthiques. Très rapidement, nous les retirons du chalut et les plongeons dans de grands récipients d’eau de mer courante. La plupart de ces animaux ont été compressés dans les filets des engins de pêche et ne survivent pas longtemps. Nous les nettoyons tous. Puis, nous plaçons les plus vivaces et les plus rares d’entre eux dans des viviers, lesquels sont installés dans une salle isolée et sombre. Dans ces conditions, les poissons téléostéens sont ainsi un peu moins stressés.

Plus des trois quarts des poissons téléostéens récoltés appartiennent au groupe des Notothénioïdes, lequel est endémique de l’Antarctique. Il y a 25 millions d’années, l’Amérique du Sud s’est séparée de la Péninsule Antarctique, entraînant la création d’un grand courant circumpolaire. Ce courant a définitivement isolé la faune des eaux froides antarctiques de celle des autres océans. Le Front Polaire se met alors en place et s’accompagne d’un abaissement significatif des températures des eaux de surface qui entourent le continent antarctique. Ce phénomène a provoqué des extinctions massives pour certains groupes et des phénomènes de spéciation pour d’autres.

Parmi les Notothénioïdes, nous capturons des poissons très particuliers que les scientifiques nomment les Channichthyidés. Plus communément, ces vertébrés sont connus sous les termes de :
- « poissons des glaces ». Cette dénomination souligne le fait qu’ils sont capables de vivre dans des eaux inférieures à 0°C, notamment grâce à la présence de protéines antigel ;
- ou « poissons à sang blanc ». Cette appellation souligne le fait qu’ils sont dépourvus d’hémoglobine, laquelle est le pigment qui donne sa couleur rouge au sang. Comme le sang de ces organismes est incolore, tous organes irrigués par ce sang, présentent une couleur blanchâtre assez surprenante !

Branchies blanches de Pagetopsis témoin de l’absence d’hémoglobine dans le sang.


Ouverture de la cavité générale d’un Pagetopsis montrant la blancheur des organes du spécimen.


La peau de ces poissons des glaces est dépourvue d’écailles ce qui facilite les échanges gazeux directs entre les eaux antarctiques très riches en dioxygène et le milieu interne de l’individu. Ces animaux présentent également un système vasculaire hypertrophié : le volume du cœur et le diamètre des vaisseaux sanguins sont beaucoup plus importants que chez un autre téléostéen de taille similaire.

Ces Channichthyidés sont plus vulgairement qualifié de « grandes gueules » ! Ils sont capables d’ouvrir très largement leurs mâchoires.

Channichthyidés ou « grandes gueules » : récolte provenant d’un seul chalut.


Cette dernière appellation caractérise aussi la voracité de ces Channichthyidés. Ils chassent à l’affût tapis sur le fond en guettant le passage de leurs proies. Nous avons récolté un spécimen qui contenait 11 spécimens de Pleuragramma dans l’estomac !

Neopagetopsis avec 11 spécimens de Pleuragramma dans l’estomac !


Une telle découverte nous permet d’améliorer nos connaissances, souvent parcellaires, sur le régime alimentaire de ces animaux. Parmi les Notothénioïdes, Pleuragramma est une espèce très abondante qui constitue une grande partie du régime alimentaire des manchots et de nombreux autres poissons téléostéens.

Commentaire

 

1. Le vendredi 8 février 2008 à 17:26, par pas fort en ortografe

bisare le poissson

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