vendredi 1 février 2008 à 14:42

Vous avez dit mésopélagique ?

Par Philippe Koubbi. Correspondant à bord de l'Umitaka Maru

(co-écrit avec Patrice Pruvost)
La compréhension du rôle des espèces méso*- et bathypélagiques* dans l’océan Mondial est essentielle pour comprendre les transferts de matière organique de la surface vers les profondeurs océaniques.


Un des objectifs de la campagne à bord de l’Umitaka Maru est de prospecter la biodiversité de ces espèces au large jusqu’à des profondeurs de 2000 m. Ces espèces ont une biogéographie associée aux caractéristiques des masses d’eau (température, salinité,…) ou aux facteurs hydrodynamiques (courants, upwelling, zones de fronts hydrologiques). De nombreuses études ont été faites dans l’océan Austral en étudiant l’influence des zones frontales sur la répartition de ces espèces entre l’océan tropical et l’océan Austral. Quelques missions ont été faites le long des gradients environnementaux, entre la côte et le large, au sud de cet océan dont des missions avec l’Umitaka Maru.

Nous espérons ici obtenir des informations sur le changement de diversité des espèces pélagiques de la zone océanique du large à la zone côtière, de la zone épipélagique aux eaux profondes, et de caractériser les écotones ou les raisons de ces transitions qui déterminent ces changements. Enfin, c’est l’occasion de comparer les niveaux d’abondances et de diversité de ces espèces avec les travaux antérieurs faits par le Muséum et les ornithologues du CEBC-CNRS de Chizé au large des îles Kerguelen.

Entre 100 et 1000 m, les poissons mésopélagiques représentent la majeure partie de la biomasse à ces profondeurs. Nous constatons également d’après nos premiers prélèvements que les méduses constituent une part importante de cette biomasse.

Les larves de ces poissons des zones profondes vivent en surface dans les 200 premiers mètres de la masse d’eau où elles se nourrissent de plancton afin de croître. En revanche, les adultes effectuent d’importantes migrations verticales entre le jour où ils sont en profondeur et la nuit où ils viennent se nourrir du plancton en surface. Ainsi, l’impact de leur prédation sur le mésozooplancton de surface (exemple des copépodes,…) peut être très important. Ils sont non seulement des prédateurs du zooplancton mais sont également des proies significatives des pinnipèdes, manchots et autres oiseaux marins.

Parmi les poissons téléostéens mésopélagiques, les Gonostomatidés et les Myctophidés (poissons lanternes) font partie des espèces de poissons les plus abondantes dans la zone mésopélagique de tous les océans. La spécificité des niches écologiques des espèces de Myctophidés en terme d’alimentation, de répartition et de comportement migratoire (migrations verticales par exemple) fait de cette famille un modèle d’étude comme le sont les Notothenioidés pour les poissons benthiques, un des groupes ciblés par l’Aurora Australis.

Spécimens appartenant au genre Cyclothone (Gonostomatidae).


Au sein des diverses espèces de poissons que nous avons récoltés, nous avons récolté les abondants Electrona antarctica dont la répartition géographique s’étend sur l’ensemble de l’océan Austral. Dans la journée, nous trouvons principalement cette espèce dans les prélèvements profonds, à partir de 500 m. La nuit, il s’alimente dans les eaux de surface. Ses proies sont principalement des copépodes, des euphausiacés, des amphipodes, des chaetognathes ou des polychètes pélagiques.

Spécimen de Krefftichthys anderssoni (poisson lanterne).


Spécimen de Cynomacrurus piriei (grenadier).


D’autres espèces de Myctophidés sont également présentes. Les filets à grande profondeur montrent des espèces qui paraissent originales mais qui sont fréquentes à ces profondeurs. Les têtes et formes de certaines d’entre elles sont particulières comme pour les Mélamphaidés ou le Macrouridé Cynomacrurus piriei qui possèdent un corps noir et une tête caverneuse. Les Mélamphaidés présentent une caractéristique de plus, leur tête est hérissée de crêtes.

Spécimen de Oneirodidae.


Nous avons eu d’autres surprises comme ce poisson qui appartient probablement à la famille des Oneirodidae (Dreamers, en anglais). Une bouche large, un peu oblique, des yeux petits et sous-cutanés, un corps globuleux noir et surtout un filament pêcheur qui se termine par une masse globuleuse prolongée par deux appendices aux capacités bioluminescentes permettant d’attirer les proies. L’individu que nous avons capturé a eu sa peau abîmée par le filet. Notre poisson s’est nourri d’autres poissons comme en témoigne son abdomen bien rond. Nous pensons qu’il appartient à la seule espèce, parmi les 31 espèces qui composent la famille, à vivre dans l’océan Austral. Cette espèce est cosmopolite et peut se trouver à des profondeurs comprise entre 300 et 3000 m et plus fréquemment entre 800 et 1500 m, profondeur à laquelle nous l’avons collecté (Gon & Heemstra, 1990). Bien peu d’individus ont été récoltés dans l’océan Austral, elle est supposée avoir une vaste distribution dans l’océan Austral. Ainsi un spécimen a été récolté lors d’une précédente mission vers 62°S au large de la mer de Ross.

Afin de déterminer avec certitude, l’individu que nous avons prélevé. Il faudra l’étudier plus en détail en laboratoire et il devra être comparée avec d’autres individus.

* Le domaine pélagique (colonne d’eau) est divisé verticalement en : l’épipélagique qui correspond à la zone comprise depuis la surface à 150/200 m de profondeur ; le mésopélagique équivaut à la zone comprise entre 200 m à 1000 m de profondeur ; le bathypélatique équivaut à la zone comprise entre 1000 m à 2500/4000 m de profondeur (source Ifremer). Quelques références bibliographiques : Herring P. (2002). The Biology of the Deep Ocean. Oxford Univ. Press, Oxford, UK. 314 p. Gon O., Heemstra P.C. (eds). 1990 Fishes of the Southern Ocean. J.L.B. Smith Institute of Ichtyology, Grahamstown, 462 pp, 12pls.

Commentaire

 

1. Le lundi 18 février 2008 à 17:16, par KEZIBAN

Oneirodidae ET COMME UNE LAMPE QUI S'ILLUMINE EN PLEIN MER EN PLUS LA FORME DE SON CORP ET ROND . JE VIEN DE DECOUVRIRE UN POISONS QUI S'ALLUME ;SAIS EXTRORDINAIRE! SE QU'ON DECOUVRE EN MER . MERCI (KEZIBAN)

2. Le jeudi 21 février 2008 à 16:20, par laurine

s il vous plais est ce que vous pouver nous donner les temperature de l eau et l air il y a 10ans

Ajouter un commentaire

Les commentaires pour ce billet sont fermés.