samedi 5 janvier 2008 à 12:29

Algues "on ice" !

Par Sophie Mouge. Correspondante sur l'Aurora Australis

Nous naviguons aujourd’hui dans le voisinage d’un gros iceberg tabulaire d’une vingtaine de mètres de hauteur.


Iceberg tabulaire à proximité du navire le jour durant.


De nombreux photographes amateurs se succèdent toute la journée sur le pont pour immortaliser ces instants extraordinaires!

Les curieux défilent toute la journée sur le pont aussitôt qu’ils ont un instant de répit.


La majorité des icebergs que nous voyons est érodée à leur base.

Le même iceberg vu à 11h.


En effet, les mouvements superficiels de l’océan (la houle) exercent une action mécanique qui a le même effet destructeur sur toutes les surfaces solides, que ce soit des falaises rocheuses ou des pans de glace. Au cours du temps, ces mouvements creusent la glace en arrachant du matériel.

De gauche à droite : action d’une vague sur la base visible de l’iceberg.


Les icebergs que nous côtoyons en pleine mer, sont souvent isolés. Ils subissent fortement l’action des vagues. La lumière matinale nous permet d’observer une couleur bleue turquoise juste à l’interface entre l’eau de mer et l’iceberg. Il s’agit du reflet de la partie immergée de l’iceberg sur la surface de l’eau.

Reflets bleu-ciel à la base visible d’un morceau de banquise détachée.


Nous constatons que certaines plaques de banquise que le passage du brise glace a cassées, sont de couleur brune.

Morceaux de "ice-pack" de couleur brune.


Après moult discussions, nous en déduisons que ce sont de riches populations d’algues microscopiques (probablement des diatomées sur la photographie). Pour confirmer ce diagnostic, Thomas, doctorant dont la thèse porte sur la biologie des algues (phycologie) aurait eu besoin de faire un prélèvement afin de l’observer au microscope.

Les algues microscopiques font partie du phytoplancton. Elles constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire de l’océan austral. En été, les baleines à bosse viennent souvent s’alimenter directement sous la glace. Ce ne sont pas les algues microscopiques qu’elles mangent, mais le krill (sorte de petite crevette très abondante en Antarctique). Le krill, quant à lui, se nourrit de ces algues microscopiques.

Les algues sont des organismes chlorophylliens qui ont besoin de lumière, de dioxyde de carbone (CO2), et d’eau (H2O) pour se développer.

Lors de la campagne CEAMARC, nous effectuons le recensement des espèces vivant à des profondeurs supérieures à 150 m. A de telles profondeurs, la lumière ne pénètre quasiment plus. Le développement d’organismes photosynthétiques y est donc impossible.

Pourtant, chaque jour, Thomas se prépare à échantillonner le contenu des chaluts. Espère-t-il trouver des algues ?

-4 °C, temps humide ! Thomas Siberfeld et Romain Causse plongent leurs bottes dans l’eau chaude pour se réchauffer avant l’arrivée du prochain chalut.


Dès les premiers chaluts, Thomas est agréablement surpris se constater la présence de quelques spécimens d’algues. Elles ne sont guère abondantes. Mais elles sont souvent entières et en bon état. Thomas parvient à les identifier. La plupart d’entre elles sont des espèces endémiques de l’Antarctique.

Iridaea cordata qui est une algue rouge fréquente sur les côtes antarctiques.


Comment expliquer la présence de ces algues côtières à de telles profondeurs ?

Plusieurs hypothèses sont avancées par les scientifiques :
- elles correspondent à des fragments d’algues arrachés au littoral par les vagues puis transportés au loin par les courants ;
- ce sont des algues qui ont été raclées lors du frottement des icebergs sur la roche puis incrustées dans la glace. Elles peuvent, sous cette forme, voyager loin de la côte. En été, au moment de la débâcle, elles sont libérées et sombrent passivement au fond de l’océan.
La seconde hypothèse semble la plus probable. En effet, des fragments d’algues ont déjà été signalés sous des icebergs.

Les algues sont précieusement conservées dans des herbiers, comme le faisaient les premiers naturalistes. Elles iront ainsi enrichir les collections du Muséum national d’Histoire naturelle.

Herbier d’algues antarctiques avec au premier plan, un spécimen de Desmarestia menziesii, une algue brune.


Afin d’étudier chaque spécimen plus finement au retour de la mission, deux autres méthodes de conservation sont mises en œuvre : la conservation dans le silicagel et la conservation dans le formol.

Conservation dans le silicagel

Thomas Siberfeld verse des billes de silicagel dans un sachet contenant un fragment d’algue.


Ce produit est un gel de silice qui absorbe rapidement l’eau. Il permet ainsi la déshydratation ses échantillons sans en abîmer l’ADN.

L’analyse de l’ADN est une excellente méthode pour reconstituer les liens de parentés entre taxons.

Exemple d’alignement de séquences d’ADN pour différentes algues brunes.


Conservation dans le formol

Les spécimens sont stockés dans des flacons remplis de formol.

Trois flacons contenant du formol et des algues.


Le formol est un composé organique qui a la propriété de fixer les tissus.

Cellule d'une Palmaria palmata.

Commentaire

 

1. Le lundi 14 janvier 2008 à 12:43, par Armance CE1c

Sophie, tu as pris de très jolies photos des icebergs. Thomas, les algues que tu as trouvées sont très intéressantes.
Bonne continuation!

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