lundi 14 janvier 2008 à 15:39

Stefan Chilmonczyk "chasse" les Channichthyidés

Par Sophie Mouge. Correspondante sur l'Aurora Australis

Bonjour, je m’appelle Stefan Chilmonczyk. Je suis immunologiste à l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) et travaille sur les Channichthyidés (poissons téléostéens) depuis plusieurs années, en collaboration avec Catherine Ozouf.


Trois espèces de Channichthyidés récoltées sur l’Aurora Australis. De haut en bas, Pagetopsis maculatus, Pagetopsis macropterus, Chionodraco hamatus.


Aujourd’hui comme à chaque arrivée de chalut, je trépigne et j’espère la présence d’un "poisson des glaces" dans celui qui remonte.

Stefan travaille dans le vivier à 6°C où les chercheurs tentent de maintenir en vie des spécimens marins antarctiques. Il est photographié à travers la porte de cette pièce.



Comprendre la coagulation du sang blanc…
J’ai commencé à m’intéresser aux « poissons des glaces » lors d’une mission effectuée aux îles Kerguelen (en zone sub antarctique). Alors que j’étudiais les cellules immunitaires du sang des Channichthyidés, j’ai constaté certaines particularités physiologiques liées à la coagulation sanguine.

Depuis pour mener à bien mes recherches, je pratique des prises de sang sur les poissons des glaces après les avoir anesthésiés. Pour effectuer une telle manipulation, nous devons avoir une habilitation que seuls Catherine et moi-même détenons à bord de l’Aurora Australis.

Cet après-midi, nous avons capturé un splendide Neopagetopsis ionah de grande taille qui me laisse présager une fabuleuse récolte de cellules immunitaires.

J’ai un protocole bien établi pour prélever le sang des ces animaux. Je pique le spécimen dans la veine caudale puis j’en extrais la plus grande quantité de sang possible. Le liquide aspiré dans la seringue est incolore.

Sur ce poisson de 450g, Stefan a réussi à extraire 32 ml de sang dans la queue alors que chez une truite de taille et de poids similaires, il n’extrait qu’environ 10 ml de sang.


Je cherche à prélever le plus possible de cellules sanguines c’est pourquoi j’ouvre la cavité générale de l’animal en pratiquant une incision ventrale. Puis, j’en dégage le cœur pour prélever le sang à l’aide d’une seringue.

Prise de sang dans le cœur d’un Pagetopsis macropterus (vue ventrale antérieure).


Afin de comprendre les mécanismes de la coagulation, je soumets certains de mes échantillons à différents types d’anticoagulants. Je garde également des échantillons de sang dans lesquels je ne dépose aucune substance ; ce sont des échantillons témoins qui me permettent de comparer l’action des différentes substances !

Exemple de résultats obtenus à partir d’une expérience de coagulation sur l’espèce Pagetopsis macropterus.


Dans le tube B, le sang ne coagule pas en présence d’héparine. Ce résultat est celui attendu puisque l’héparine est un anticoagulant. En revanche dans les tubes A et C, le sang coagule en masse. Ces résultats sont surprenants ! Pour le tube C, le résultat devrait être identique à celui du tube B (pas de coagulation) puisque le citrate de sodium est un anticoagulant ! Pour le tube A, il devrait y avoir formation d’un caillot (phase solide) et de sérum (phase liquide).




Dans le domaine de la recherche, nos questions ne trouvent pas souvent immédiatement de réponse voire restent sans réponse ! Nous devons multiplier les expériences et les observations pour que notre connaissance progresse.

Mes observations me confortent dans la nécessité d’approfondir nos connaissances sur la physiologie des Channichthyidés. Dès mon retour à Paris, je soumettrai mes observations à mes collègues afin d’analyser les différents composants des tubes. Ainsi, j’espère pouvoir interpréter mes résultats des différentes expérimentations que j’ai effectuées à bord.

La mission CEAMARC me procure une possibilité de plus d’accéder à différents spécimens de Channichthyidés. Cette opportunité va me permettre ainsi de confirmer ou non l’existence de certains comportements physiologiques chez les « poissons des glaces » de la zone antarctique où nous sommes.

Rapatrier des cellules vivantes de poissons des glaces

A bord, contamination et roulis sont mes deux bêtes noires !!!

En effet, j’effectue des prélèvements de cellules sur les organes. Leur mise en culture me permet de les garder vivantes dans un milieu nutritif et de les conserver dans l’azote liquide à -180°C. Ceci constitue la première phase d’un travail qui se poursuivra à mon retour en France où ces cellules seront décongelées et remises en culture pour qu’elles se multiplient indéfiniment (on parle alors de ‘lignées cellulaires permanentes’).

Stefan dépose ses prélèvements dans un réfrigérateur à 3°C. Il a même fabriqué un petit suspensoir pour compenser les effets du roulis sur le bateau. Ce qui lui vaut le surnom de "Mac Gyver" à bord !


Pour obtenir ce résultat, la stérilité et la stabilité sont deux conditions indispensables qui sont difficiles à obtenir à bord d’un navire. J’en veux pour preuve cette photographie ! Afin d’atteindre l’incubateur à quatre portes de mon laboratoire, je dois traverser le vestiaire mes prélèvements à la main !

Stefan doit franchir quatre portes et le vestiaire pour se rendre à l’incubateur !


Jusqu’à présent, ce parcours du combattant n’a pas eu de conséquences fâcheuses sur l’évolution des cultures cellulaires.

Le rapatriement de ces cultures permettra d’avoir en France un matériel cellulaire d’origine antarctique. Nous pourrons ainsi effectuer de multiples travaux lesquels se pratiquent normalement sur des animaux vivants ! Ces cellules constituent un puissant outil de travail qui ouvre de nombreuses et stimulantes perspectives de collaboration entre les différents instituts de recherche (Muséum national d'Histoire naturelle, INRA etc.)…

Pour en savoir plus sur Stefan Chilmonczyk

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