mercredi 9 janvier 2008 à 12:19

La "peau" des océans !

Par Sophie Mouge. Correspondante sur l'Aurora Australis

Jamie, 3ème officier à bord, profite du bel ensoleillement de cette journée pour s’exercer à la pratique du sextant.


Jamie utilise un sextant pour connaître la position du navire.


Cet instrument, créé dans le courant du XVIIIe siècle, était autrefois utilisé par les marins pour se repérer en mer. Le sextant se compose d’une lunette et d’un miroir fixes lesquels permettent de mesurer l’angle que fait le soleil avec l’horizon. Aujourd’hui, à 13 heures, il est de 49°. Jamie en déduit ensuite la position du bateau, grâce à des tables de calcul fournies pour chaque jour de l’année.

Depuis les années 90, le GPS (Global Positioning System), système de navigation par satellite, a remplacé les instruments manuels. Mais aucune machine n’est à l’abri d’un incident c’est pourquoi les jeunes officiers sont toujours formés au maniement de tels instruments afin de pallier toute avarie de matériel.

Le thermomètre indique 2°C sur le pont. Le thermomètre du laboratoire de Harvey Marchant nous annonce 3°C … Pourquoi une température si fraîche pour travailler ? Tout simplement parce que les organismes sur lesquels travaille Harvey nécessitent d’être maintenus à une température proche de celle de leur milieu naturel (l’océan austral) pour être conservés vivants.

Harvey filtre de l’eau de mer puis récupère ensuite les microorganismes qui se sont déposés sur le filtre.


Harvey Marchant est chercheur spécialisé en biologie du plancton marin. Il a travaillé de nombreuses années à l’Australian Antarctic Division et a participé à de nombreuses campagnes océanographiques polaires. Il a été chef de mission scientifique (Voyage Leader) à bord de l’Aurora Australis en 2001. Il nous explique ici comment parvenir à observer des organismes microscopiques dispersés dans l’eau de mer.


Harvey profite des échantillons d’eau qui sont remontés par les CTD. Il analyse les micro-organismes qui prolifèrent dans ces échantillons d’eau. Il étudie des organismes qualifiés de planctoniques, c'est-à-dire transportés passivement par les courants océaniques.

Les filtres sont déposés sous lame et lamelle pour être observés au microscope.


Exemples de filtres obtenus après dépôt des microorganismes. Ces filtres ont l’air riches en phytoplancton.


Le plancton végétal (ou phytoplancton) se compose principalement d’organismes microscopiques unicellulaires : dinophytes et diatomées. Ces organismes possèdent des enveloppes siliceuses ou calcaires lesquelles vont se sédimenter au fond des océans à la mort de l’organisme. Le phytoplancton est le plus souvent photosynthétique, c'est-à-dire qu’il utilise le soleil pour convertir l’eau et le CO2 présent dans l’eau en matière organique (sucres).

Cette caractéristique le place à la base de la chaîne alimentaire du monde vivant océanique.


Légende : Les flèches noires indiquent « est mangé par ».

Dans les 100 premiers mètres d’une colonne d’eau, la concentration du plancton est estimée à plus de 1 million de cellules par litre d’eau de mer ! Les eaux antarctiques sont parmi les plus riches du monde en minéraux (nitrates, phosphates…). Cette richesse permet un développement important du plancton et porte sa biomasse à 95% de la biomasse totale des océans. Cela signifie que tous les autres organismes marins (baleines, manchots, loquette, éponges, comatules…) ne représentent que 5% de la masse biologique des océans.

Nous savons que 95% de la biomasse est concentrée dans les 50 premiers mètres d’un océan. Or l’océan mondial présente une profondeur moyenne de 4000 mètres. 95% de la masse qui vit dans les océans occupe 1,2% seulement du volume !

C’est la raison pour laquelle Harvey compare l’ensemble des micro-organismes marins à une couverture « épidermique » qui tapisse la surface de l’océan : une « peau océanique » en quelque sorte.

Encore un coucher de soleil splendide… Juste pour le plaisir des yeux !

Coucher de soleil.


Coucher de soleil.

Commentaire

 

1. Le vendredi 11 janvier 2008 à 17:16, par VENTURINI Roger

C'est bien la première fois que j'ai le plaisir de suivre une campagne océanographique au jour le jour. Et c'est génial! J'ai un peu l'impression d'être à bord... J'imagine néanmoins la contrainte que cele vous impose: alors, merci, merci beaucoup de nous faire partager votre aventure. Et... continuez !
Roger

2. Le vendredi 11 janvier 2008 à 20:21, par celine L

Merci Sophie de nous faire vivre chaque jour un peu l'aventure que vous vivez. Pour nous, metro boulot dodo, et lecture sur Internet de la derniere decouverte du Aurora !!! Les explications sont tres claires et chaque jour, on apprend un peu quelque chose.
Bonne continuation
Celine

3. Le samedi 12 janvier 2008 à 15:22, par Marouze Laetitia

Je tiens à féliciter les scientifiques à bord et le service communication pour cette avancée au niveau de la vulgarisation scientifique. Merci Sophie Mouge pour ces informations que nous ne manquons pas de suivre chaque jour!

Laetitia Marouze, Ingénieur au Muséum

4. Le jeudi 7 février 2008 à 16:15, par kezibanbulbul robert doineau

ce couché du soleil est formidable à voir quel belle soirée? merci

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