samedi 19 janvier 2008 à 15:45

L’eau est pêchée sur l’Aurora Australis !

Par Sophie Mouge. Correspondante sur l'Aurora Australis

L’équipe de Steve Rintoul a échantillonné environ 1 200 bouteilles provenant de 78 stations CTD. Après toutes ces opérations, l’Aurora Australis met aujourd’hui le cap sur un iceberg. Ce dernier est connu dans la région depuis 2006 !


Iceberg de 35 x 18 km visible au loin.


Cet iceberg résulte d’une rupture du glacier flottant (ice shelf) de la mer de Ross qui a eu lieu en avril 2000 (entre les longitudes 160° et 165° ouest). Le glacier s’est ensuite fragmenté en plusieurs morceaux qui ont dérivés dans des directions opposées.

Le même iceberg vu de plus près. © Esmee Van Wijk.


Tobie, troisième officier du bord, s’arme de son sextant pour nous donner une estimation de la hauteur apparente de l’iceberg (c'est-à-dire la partie émergée). Son verdict tombe : 43 mètres. Les données des satellites nous donnent d’autres informations. Cet iceberg est haut de 400 mètres et mesure 35 km de long sur 18 km de large. Son volume d’eau est estimé à 252 000 000 000 000 litres (soit 252 000 milliards de litres).

Après quelques savants calculs, Martin nous indique que cet iceberg, nommé B17-A, serait capable de fournir 12 millions de litres d’eau à chaque australien… Pour stocker une telle quantité d’eau, il faudrait à chacun un réservoir d’une longueur de 100 m, d’une largeur de 40 m et d’une profondeur de 3 mètres. Autrement dit, une immense piscine d’eau douce ! Rapporté au nombre total d’êtres humains sur Terre, l’iceberg contient potentiellement 42 tonnes d’eau par être humain. De quoi assouvir une grosse soif, isn’t it ?!

L’Aurora Australis, la petite navette et l’iceberg B17-A dans le lointain.


Trois membres de l’équipage et quatre scientifiques embarquent à bord d’une vedette FRC (Fast Rescue Craft). Leur objectif : pêcher de l’eau !!

Pour la première fois depuis cinq semaines, cette poignée de chanceux réussit à faire bande à part et à se soustraire aux 70 autres passagers ! De cette virée, Esmee nous rapporte une vue insolite de l’Aurora Australis piégé dans un trou d’iceberg !

Un œil glacé sur l’Aurora Australis. © Esmee Van Wijk.


Les scientifiques réalisent leur premier prélèvement d’eau à six km de l’iceberg. Ils font ensuite six autres prélèvements. Le dernier est effectué au pied de l’iceberg.

Tank et Mark prélèvent des échantillons d’eau de mer en prenant garde à ne pas la contaminer. © Esmee Van Wijk.


Ces prélèvements doivent permettre d’appréhender quel est l’impact de la fonte des icebergs sur la biomasse océanique. Un enrichissement en nutriments (fer, des nitrates, des phosphates et sulfates) dans l’eau de dérive de l’iceberg est susceptible de stimuler le développement du phytoplancton. Les résultats obtenus lors de précédentes campagnes montrent que les quantités mesurées sont infinitésimales (de l’ordre du nMole/L) mais peuvent influencer le développement de la vie sous l’eau.



Des nutriments dans les icebergs : le saviez-vous ?

Un iceberg est pan de glace qui s’est détaché d’un glacier continental. Les glaciers proviennent de la compaction de couches neigeuses piégeant, lors de leurs précipitations, de fines poussières atmosphériques.

Les glaciers sont en perpétuel mouvement : ils fluent sur le continent depuis le sommet où ils se forment, vers la mer. Pendant leur descente, ils raclent le sol comme en témoignent les tries noires parfois visibles sur le flanc d’un iceberg.

Présence de stries noires sur l’iceberg aux allures d’un "code barre". © Helena Baird.


Ce "code barre’"indique que:
- la glace racle le socle rocheux lors de son glissement ;
- les icebergs sont en mouvement et se retournent lorsque leur centre de gravité change au gré de l’érosion causée par le vent et les courants.

En raclant les roches, la glace se charge en particules qui seront ensuite dispersées dans l’océan après la fonte de l’iceberg. Par ailleurs, les vents puissants de ces régions polaires déposent continuellement des poussières atmosphériques sur les icebergs. Autant de facteurs qui contribuent à enrichir (très faiblement) l’eau de mer en nutriments aux abords des plus gros icebergs.


La contamination des masses d’eau autour de l’iceberg par la coque du navire se révèle pour les scientifiques un risque majeur. C’est pourquoi, non seulement l’Aurora Australis se tient à une grande distance de la vedette mais il reste également stationnaire afin d’éviter toute pollution de l’eau de surface. De la même façon, sur leur embarcation, les scientifiques prélèvent leurs échantillons au niveau de la proue, dans une eau normalement vierge de toute présence humaine jusqu’à ce jour…

Le retour de la vedette s’effectue sous la neige, si rare depuis le début de la mission !

Retour de la navette sous la neige.

Commentaire

 

1. Le lundi 21 janvier 2008 à 17:06, par popo

l'image de l'ice berg avec du noir est bizarre mais MAGNIFIQUE!!!!!!!!!!!!!!!!!

2. Le lundi 21 janvier 2008 à 17:27, par safiye altinpinare de 6è4

vous péché des pieuvre en antartique

3. Le lundi 21 janvier 2008 à 20:01, par Nadia Améziane

Bonsoir Safiye,

En réponse à ta question. Au moins, trois espèces de poulpes (= pieuvres) et au moins trois espèces de calmars sont connues en Antarctiques. Ces espèces ont de nombreux prédateurs qui sont les cachalots, les phoques, les manchots, les oiseaux de mer, les poissons et enfin l'homme ! Les scientifiques ont effectivement récolté des poulpes. Tu trouveras de nombreuses réponses concernant les organismes dans le forum du site.

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